Les pérégrinations des deux
baroudeurs lyonnais reprennent cette année pour nous porter en Inde du sud.
Comme d'habitude, ce qui est
narré ici n'est que le reflet d'instantanés dans un contexte particulier, cela
ne reflète en aucun cas une réalité sociale certainement plus complexe que
celle qu'il nous a été donnée à voir.
Vendredi 18 novembre :
Le vol s'est déroulé sans
souci : comme on avait travaillé la nuit même et pris l'avion juste au
sortir du boulot, nous avons roupillé tout le long du trajet.
Arrivée à minuit dans un aéroport
blindé de passagers faisant la queue pour valider leur entrée sur le
territoire. Une heure plus tard, on refait la queue pour récupérer les bagages;
suivi d'une queue pour la fouille au scanner des bagages, d'une autre queue pour
changer le pognon et, enfin, d'une dernière queue pour remettre le talon de la
fiche d'entrée à un cerbère moustachu. Il est 3h, on peut enfin sortir de ce
hangar.
Lors du change on reçoit une
liasse de roupies de 7 cm d'épais pas facile à dissimuler dans la banane
ventrale.
Une fois sortis de l'aéroport, on
est happés par la chaleur moite et un préposé, à costume kaki, en cheville avec
un taxi. Palabres inévitables, fortement handicapés par notre méconnaissance du
terrain et l'heure tardive; on opte en définitive pour se faire véhiculer
jusqu'à l'Armée du Salut, lieu d'hébergement bien connu des routards. C'est en
plein quartier de Colaba, à deux pas de la Porte des Indes, et on en a pour une
bonne heure de taxi. Il est brave le taximan, mais il connaît autant le Colaba
que moi! Heureusement je me suis muni de la carte GPS indienne sur mon iPhone.
Prudente initiative qui s'avère en l'occurrence de peu de résultat : il
faudrait disposer du nom de la rue de destination pour que le GPS puisse
calculer l'itinéraire. A tout le moins cela nous permet de suivre la
progression et de voir grosso modo le cap suivi.
Après avoir demandé 20 fois son
chemin à des badauds avinés, le chauffeur arrive enfin à nous poser devant la
guest-house. En plus du prix astronomique qu'il nous a compté, il veut un
« tips » (un pourliche quoi), ben le coco il peut se brosser pour le
tips, je considère qu'il est inclus dans la course facturée 1600 roupies (soit
23 euros) : une fortune ici. D'autant que je constaterai plus tard que
j'ai oublié ma polaire dans son cab.
On tambourine à la porte de la
Salvation Army jusqu'à ce que le veilleur sorte de sa léthargie et vienne
décadenasser le portail. On remplit les papiers du registre, on règle la nuitée
et on s'affale dans le plumard sans demander notre reste.
Après 3h de coma, on est
réveillés par un concert de corneilles ayant élu domicile dans l'arbre sous la
fenêtre. On s'extirpe du sommeil encore un peu endoloris et on avise les lieux.
Les murs de la chambre sont lépreux, l'installation électrique faite de bric et
de broc, la porte tient par l'opération du saint esprit. Le coin douche n'est
guère mieux : tuyauteries aux raccords improbables, fils dénudés aux
épissures rafistolées, lavabo instable. Bof, ça fera ben l'affaire, malgré cet
apparent délabrement, les lieux sont propres, enfin selon les critères
locaux ; car les cafards courent de ci de là, se logent dans les
chaussures et les sacs. A défaut de chasser le tigre du Bengale on se fera un
safari cafard !
Samedi 19 novembre :
Au petit dej guère copieux on a
droit à du thé massala (un vrai régal) avec un œuf dur et trois tranches de
pain de mie plus une cuillère de beurre salé.
Le ventre à peine lesté, on part
explorer le quartier.
A 50m on passe devant le Taj
Mahal Hôtel, un palace luxueux dont manifestement les tarifs ne sont pas à
notre portée. Sur l'esplanade en face se dresse la Porte des Indes, une sorte
d'arc de triomphe en l'honneur du roi d'Angleterre qui vint dans le coin en
1911. Une clique en blanc immaculé joue des marches militaires avec un flot de
badauds enturbannés ou en sari. Clic clac 3 photos et on se carapate 500m plus
loin jeter un œil au Musée National. Bâtisse angliche 19e pure jus abritant un
capharnaüm de statues, peintures sur papier ou feuilles de palmes (vieilles de
3000 ans!), bijoux et pierres précieuses, armes de toutes natures et quelques
vestiges paléolithiques attestant de la présence humaine il y plus de 10 000
ans. Intéressant, sans plus.
Retour à la Porte des Indes et
embarquement pour les Grottes des Eléphants, à une heure de barque. Traversée
tranquillos dans la baie bengalie, au milieu des terminaux pétroliers et des
navires de guerre indiens.
Arrivés à destination, on
débarque sur une jetée en béton, à quelque distance d'un village de pêcheurs.
Un chemin mène vers la jungle, encombré d'échoppes de colifichets et de
nourriture vite faite. Immédiatement un guide nous alpague et tente de nous
démontrer qu'il est essentiel de passer par ses services. Il est sympa, même
s'il est collant, et il nous convainc lorsqu'il annonce que le prix de ses
services est de 100 rs en sus du ticket d'accès qui lui est à 500 rs pour deux.
Allez, tope là, pour 1,5 euros on aura droit à des commentaires judicieux sur
les représentations sculptées de Shiva et consort. On comprend mieux la
manœuvre lors du passage au guichet de contrôle : les indiens paient 15
rs, et les touristes 250..... comme il décrète s'occuper de tout, il va lui
même au guichet, et comme il est de mèche avec le préposé, il paie que dalle,
nous fait passer tandis que le flic au portillon se trouve fort opportunément
une impérative obligation de vérifier assidûment son registre. Voilà
l'affaire : 600 rs à se partager avec les compères et pour nous c'est
guère plus cher que si on s'était acquittés du billet d'entrée.
Une volée de marches en pierre
part à l'assaut de la colline. Le guide propose que l'on utilise les chaises à
porteur.... oh dis donc, il ne sait pas qu'il a à faire aux valeureux
escaladeurs du Waynapichu ! Ce ne sont donc pas 200 marches qui vont nous
faire peur !
On grimpe donc vaillamment,
harcelés par des singes qui viennent te dévaliser fissa pour peu que tu sortes
un gâteau ou un soda ! Malins et intrépides, ils réussissent leur coup
très souvent pour le plus grand bonheur des touristes et au grand dam des
victimes.
Voilà enfin la Grotte des
Elephants : une excavation taillée au burin de pierre (à la période
éponyme) dans le basalte ; chaque sculpture, chaque pilier (il y en a 36)
soutenant le plafond, tout est taillé au fur et à mesure dans le roc. Bluffant
et grandiose. Dans chaque recoin, en forme de chapelle, des statues de leur
sainte trinité : Shiva, Vishnu et Brahma. Y'a aussi la femme de Shiva,
leur fils (Ganesh, le dieu à tête d'éléphant qui se retrouva ainsi suite à un
vaudeville qui tourna mal.... décapité par erreur par sa fiancée, le bon et
généreux créateur de toute chose Brahma le ressuscita en lui greffant la tête
du premier animal passant dans le coin.... d'où sa tronche à trompe) et les
beaux parents. Et chaque chapelle présente un Shiva différent : 2 bras,
c'est la version sympa, protectrice, mais 8 bras, là ça craint pour les démons,
ses ennemis de toujours. Il joue aussi aux échecs, et gagne chaque fois, ce qui
lui assure la suprématie sur sa femme qui se trouve derechef à faire la cuisine !
Quand il trucide un démon en lui enfonçant la caboche sous terre à grand coup
de genoux, il se met à danser en contorsionnant des mains et roulant des
gobilles comme des soucoupes. On le trouve aussi sous sa forme phallique,
version permettant de favoriser la fertilité, et qui nécessite un pèlerinage sitôt les noces
accomplies. On le trouve a différentes périodes de sa vie : jeune homme
guerrier ; fiancé (avec sa greluche à sa droite) puis marié (la donzelle
étant alors à sa gauche). Et tutti quanti, notre guide est intarissable sur la
cosmogonie Hindoue. En plus de son érudition, il accapare l'appareil photo de
Sylvie et mitraille les points de vue les meilleurs sous les angles les plus
judicieux. On regrette pas les 100 rs qu'il nous coûte !
On finit par la triade en
portrait, célèbre dans le monde entier.
Dommage que la grotte ait été
profanée par les Portugais au 16e siècle, car ces cons de bouffeurs de morue
ont mutilé à qui mieux-mieux ces admirables bas reliefs.
La visite est terminée, notre cicérone
empoche la monnaie bien méritée et nous laisse poursuivre l'exploration des 5
autres grottes qui s'avèrent de peu d'intérêt en regard de la principale.
Retour à la Porte des Indes via
le bateau tandis que la nuit tombe et que le doux souffle de la brise de mer
rafraîchit nos peaux desséchées par le soleil de plomb.
Le soir on se fait un restau bien
typé : un bouge empli d'Indiens mâles sirotant des barriques de whisky
sour en grignotant des amandes grillées. Pour nous ce sera plus simplement une
bière (malheureusement ordinaire, mais de 70 cl au prix faramineux de 150 rs)
et un coca diet pour madame afin d'arroser un poisson et un poulet tandoori
épicés à cracher le feu ! Heureusement une bolée de riz safrané et une
soupe improbable viennent adoucir nos papilles malmenées.
Avant de rentrer, petite
promenade sur le front de mer. Les Indiens viennent y prendre le frais et
commérer en picorant des pâtisseries. Sur le boulevard longeant la jetée, une
noria de calèches enguirlandées de lumières flashies clignotantes promènent les
familles. C'est très raccord avec le kitch ambiant des vêtements et décorations
de façades.
On se rentre sur le coup des 22h
et on plonge illico dans un sommeil de plomb non sans avoir au préalable
escagassé 5 ou 6 cancrelats lovés dans nos affaires.
Dimanche 20 novembre :
Petit dej (doux euphémisme)
avalé, on part en exploration de Mumbai. Cap sur Victoria Station afin de
réserver nos billets de trains pour lundi soir. Comme c'est dimanche, y'a pas
trop de circulation mais le peu qu'il y a est déjà effrayant : 90% des
voitures sont des taxis noir et jaune, antédiluviens pour la plupart et
conduisant comme si chacun était seul sur la chaussée. Bref, on arrive à la
gare : un truc titanesque de 1km2 au look tout droit sorti d'Harry Potter.
A l'intérieur, ça grouille de voyageurs et on peine à comprendre
l'organisation. Après deux ou trois tours en patrouille, quelques
renseignements glanés auprès des miliciens, on capte qu'il y a en gros 3
parties : une pour les trajets vers la banlieue, une pour les voyages dans
l'état et une pour les voyages inter-état. Nous c'est à l'étage que ça se
tient, guichet 52 réservé aux étrangers. D'abord faut remplir une fiche de
réservation à côté de laquelle les fiches de la stasi sont des brouillons. Ensuite
faut indiquer la date souhaitée et le type de confort voulu : on opte au
petit bonheur la chance pour la 2e classe en confort SL, couchette en haut,
train de nuit (400km, 8h de trajet.... 176 rs par personne, le prix d'une
bière!).On verra bien si le choix fut judicieux
Munis du précieux sésame, on
continue notre découverte de la ville en allant vers la halle aux poissons. Oh
putain le bordel ! Dans une halle puant la crasse et la marée pas fraîche,
des tonnes de poiscailles sont éviscérés, tranchés et débités à même le sol,
avec corbeaux et mistigris se repaissant
des abats. Le sol est une piautre de sang et boue collant aux basques.
Pour du pittoresque, on a du pittoresque !
Une fois finie cette excursion dans la poiscaillerie, on marche gaillardement vers Malabar Hill. Chemin faisant on longe un terrain ou s'escriment des joueurs de crickets en blanc immaculé par 40 à l'ombre. On a un peu présumé de nos forces, et on déclare forfait à mi-chemin pour les 4 derniers km.
On avise un taxi qui nous dépose au pied du temple de Balbunath. Une colinette verdoyante avec échoppes bordant un escalier sans fin ; on arrive en plein milieu de la dévotion à Shiva forme phallique. Dépose des tatanes au coin prévu à cet effet, on s'approche du lieu d'adoration. Une grosse bite trône au centre d'une chapelle multicolore, des dévot(e)s se pressent pour enguirlander le phallus et l'arroser de lait de palme et d'eau pure. Un prêtre nous trace l'œil rouge de Shiva au milieu du front et vas-y qu'on s'agenouille pour offrir nos fleurs coupées à la bite en pierre. Espérons que ça sera sans conséquence sur nos fertilités respectives, on a donné, on n'a pas envie de remettre le couvert !
On redescend direction Banganga
Tank. Une autre colline à grimper pour tomber dans un bourg hors du temps,
cerné par les buildings haut standing. Des ruelles typées, des indigènes
bigarrés, une place centrale, le Ghat, en forme de piscine olympique remplie
d'un cloaque d'eau putride où pataugent les gosses au milieu des indiennes
lavant le linge. Une mosquée ocre et blanc tranche vivement en surplomb. L'Inde
millénaire et profonde parait-il.....
En repartant de là on tombe sur
le temple Jain : une merveille de marbre immaculé ajouré comme de la
dentelle. On sait pas à qui il est dédié, mais manifestement la communauté Jain
c'est pas rien, ils ont un centre religieux à pétaouchnokirimabatra qui a pas
l'air mal. Dommage, c'est à dache et on pourra pas l'inclure dans le périple.
La prochaine fois qu'on vient aux Indes, on le ratera pas.
On avise un cab direction Hadji
Ali, le mausolée d'un saint musulman. Tiens, un mot sur les taxis. Ils
sillonnent la ville avec la densité d'une fourmilière, klaxonnant à tout va
dans leurs tacots noir/jaune. Un taximètre extérieur, modèle 1925, égrène des
chiffres au fur et à mesure de la course. Le montant de la course s'obtient en
multipliant ce chiffre par un barème dépendant du quartier, de la course, de
l'horaire, du nombre de passagers..... Ca c'est la théorie. En pratique, du
moins pour nous, c'est au forfait. Où qu'on aille, quelle que soit la durée,
bref en toute circonstance, c'est 100 rs. Tarif unique. Chiche qu'on tente le
coup pour descendre à Goa (800km au sud) pour le sacro-saint forfait de 100
rs ?
Joe nous dépose devant une ruelle
et prétend que Hadji Ali c'est à gauche.... va pour ladite ruelle à gauche. Ca
commence par 2 ou 3 échoppes de boissons ; soudain un portique surveillé
nonchalamment par 3 flics avachis à l'ombre, et dès la barrière franchie, la
foule compacte se presse toujours vers l'avant tandis qu'une autre file de même
densité revient dans l'autre sens, le tout entre deux remparts de boutiques à
souvenirs, fripes, fritures, bijoux fantaisies, chaque vendeur beuglant la
retape pour sa camelote. On avance cahin-caha sur 300m et au détour d'un
virage, le graal apparaît : un mausolée immaculé, à minaret, trône au
milieu de la mer. Une digue étroite serpente sur la lagune, la foule avance par
la gauche en plein cagnard , et reflux par la droite. La densité de burkas et
barbus est élevée, mais tout de même il y a plus de jeans et t-shirts que de
costume intégriste. Sur les bas-côtés, jouxtant une étendue d'immondices
cramant en dégageant une odeur âcre, une suite ininterrompue d'estropiés en
tout genre quémandent l'aumône en bramant une litanie de « allah,
allah ». Il y a des paralytiques, des amputés, des tordus, des yeux
crevés, des hommes, des femmes ; vieillards, jeunes, enfants, bébés.... un
inventaire à la Hugo décrivant la cour des miracles. La foule des pèlerins n'en
a cure et se presse, agglutinée, toujours en avant, approchant petit à petit
l'énorme arche d'entrée dans le lieu saint.
Dans la cour d'honneur du
complexe, une mosquée à minaret abrite le tombeau du saint Ali, objet de cette
dévotion. Ladies à gauche, men à droite ; les ouailles d'Allah sont pas là
pour batifoler. En se frayant un passage dans la foule compacte, on arrive à
l'intérieur du pèlerinage : un prêtre en blanc asperge les fidèles d'eau
bénite et chacun, extatique, ressort par l'autre porte, vite assommé par le cagnard
qui tape sur les crânes comme le gourdin sur l'échine du forçat.
A l'arrière de la mosquée, un
escalier conduit à la plage de rochers où les familles pataugent dans l'eau
saumâtre des flaques laissées par le ressac.
Je suis jamais allé à Lourdes,
mais je vois bien la chose pareille, le soleil de plomb en moins. La bigoterie
est de même nature, quelque que soit la latitude et la croyance. En tout cas
bigots ou pas, c'est pas charitable pour deux roupies : les estropiés
cuisent au soleil mais ne reçoivent pas un sou des croyants pélerineux.
On sort de là la gorge en feu,
proches de l'inanition, la peau violine cramoisie. On s'enquille un litre de
seven-up, histoire de parer au plus pressé.
On saute dans un taxi, direction
Marine Drive, sur la baie de Chow Praty, et bien entendu toujours au forfait de
100 rs la course....
Fin d'après midi alanguis sur des
nattes, à l'ombre des banyans, sur la grève nettoyée en permanence par une
kyrielle de cantonniers (faut dire que lorsqu'un Indien a un détritus
quelconque, il le jette là où il se trouve ; d'où les cantonniers
mobilisés 24/24 pour nettoyer le boxon ; d'autant mieux ici que c'est LA
plage de Bombay (qui tire son nom de ce que les Portugais dirent en voyant ce
lieu : bòm bay)). Alanguis et sirotant un lassi fraise (pour moi) et un
lassi pétale de rose (pour madame) en grignotant un tandoori moyennement
épicé ; la brise du large, le soleil couchant, le brouhaha mezzo-voce des
autochtones, un cocktail glamour à souhait.
On finit tout de même par quitter
ce lieu si doux pour revenir à la casa se doucher, un chti repos et hop à la
nuit tombée on se fait une excursion sous les arcades du quartier : un
souk ininterrompu à longueur de trottoir ; des odeurs d'épices, de
patchouli, de cuisine.... Parfois certes, mais peu en comparaison, des relents
de chiottes marinés viennent agresser les papilles olfactives ; mais deux
pas, et la magie s'opère, ce sont de nouvelles odeurs, de nouveaux parfums.....
Ca bourdonne en tout sens, les lampions jettent des halos criards sur les passants,
Bombay la nuit est unique.
Détour par un bar à bière,
histoire d'écluser une Ferten de 66cl, fraîche, moussue à souhait. Ambiance
cosy avec air climatisé, ça délasse grave.
Mine de rien mine d'encens,
depuis le lever on en est chacun à plus de 3l de boissons diverses
ingurgitées ; pas une once de pipi, tout part en évaporation, chemise et
futal moites comme une serpillière en fin de journée.....
Direction un restau Indien qui
nous rassasie de crevettes massala, poulet tandoori et riz safrané, soupe aux
marrons en entrée et dessert réfrigéré avec des fruits inconnus, gélatineux et
grumeleux, baignant dans un jus frais où nagent des nouilles sucrées. Ca
explose en bouche de parfums subtils et donne une envie d'y revenir..... Le
repas, épicé had-hoc allume les muqueuses que l'on calme vite avec un bout de
nan beurré et de lassi frais. Une farandole de chaud/froid et de piquant/sucré,
des couleurs fabuleuses, des arômes entêtants, une cuisine royale pour 4 euros
par personne......
Une clope dans la moiteur de la
nuit, et hop au lit. Tiens, ce soir le match human vs beetles est à 0-0 ;
les bougresses ont soit été exterminées hier, soit elles se sont mieux
planquées.....
Rrroooooon pchiiiiiiiiiiii
Lundi 21 Novembre :
Au petit dej on discute avec un
Metzain de 20 ans, arrivé ici en vélo depuis sa Lorraine natale. Il pédale
entre 80 et 130 km par jour et projette de finir le sud-est asiatique avant de
voler sur l'Amérique du Sud. On échange sur nos souvenirs de voyages et lui
souhaitons bien du courage pour se taper les cols andins.....
Ce matin le programme est d'aller
zoner à Church Gate, qui, comme son nom ne l'indique pas, est une gare.
Particularité de ce terminal ferroviaire : chaque matin de semaine, à
11h30 précis, une cohorte de livreurs apporte des gamelles de nourritures pour
les travailleurs exilés de leurs lointaines campagnes. Leurs petits plats
préparés par leurs épouses leur permettent de se faire la madeleine de Proust
chaque jour en attendant le week-end propice aux retrouvailles.
Effectivement, à 11h30, des
livreurs en habits de serveurs transbahutent des chargements de gamelles
étiquetées aux noms de leurs destinataires. Déballage sur le sol des centaines
de paquets, regroupement par quartier de destination, chargement sur des vélos
et hop c'est parti pour finir sur le chantier où bossent ces émigrés Indiens.
Impressionnant d'organisation.
Maintenant cap sur les
Dhobighats, dans les faubourgs de Mumbay. Pour ce faire, on décide de traverser
la ville à pied, GPS en main, pour 8km à travers les quartiers populaires.
Comme dans toutes les villes hors Europe, chaque rue regroupe une corporation
de métier : qui les imprimeurs, qui les ferronniers, qui les
pâtissiers.... On se balade ainsi le long des échoppes, les trottoirs encombrés
de petits métiers (barbier, cireur de chaussure, vendeur de jus de canne ou de
feuilles de palme garnies...). Chaque district regroupe une population par
confession, reconnaissable par les habits et les lieux de prière.
On tombe par hasard sur deux
trans (des hijras), qui sont une caste à part entière, mais on n'ose pas les
photographier.
Des commerçants nous hèlent pour
se faire prendre en photo devant leur boutique. Les regards sont appuyés sur la
femme blanche, de la part des hommes comme des femmes, mais bon, c'est pas
pesant. Parfois on tombe sur un bidonville, sur des zones de SDF, sur un
quartier résidentiel en construction indiquant très nettement le rejet toujours
plus loin des pauvres.
On s'ingurgite litre après litre
des bouteilles d'eau fraîche aussitôt transpirées.... et on arrive enfin à
notre but : le Dhobighat, le quartier des laveries. Une enceinte de 4m
cerne le territoire dont on aura une vue panoramique depuis un autopont. Ca à
pas l'air cool de bosser les pieds dans l'eau blanchâtre de savon à récurer le
linge à la tonne.
On est vannés par ce périple
urbain en pleine chaleur, aussi, pour rentrer, Sylvie suggère qu'on saute dans
un train de banlieue qui nous ramène à deux enjambés de la casa. Petite halte
dans une brasserie pour un jus de fruit frais et une bière king size, on peut
maintenant rentrer à la guest en attendant le train de nuit de 21h qui va nous
mener vers d'autres aventures......

















































































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