Jeudi 24 Novembre :
Après 8h de route, on débarque à
Solapur, correspondance immédiate pour Bijapur, mais dans un bus ordinaire
(caisse brinquebalante montée sur un moteur poussif). Comme c'est le petit
matin, l'air est encore frais. On descend 6h plus tard pour enquiller un autre
bus direction Hospet et encore 5h de trajet et pour finir 30' pour aller au but
ultime : Hampi. On traverse des plaines à rizières bordées de chaos de
granits roses. Ca somnole sévère avec le cagnard qui tape. Entre deux comas, le
temps d'apprécier la conduite Indienne : imaginez une route à 2 voies,
constellée de nids de poules. Dans les deux sens, une file ininterrompue de
camions. Bien. Le but de la conduite est de toujours doubler celui qui est
devant dans l'interstice laissé à la fois par la file venant en sens contraire
et celui de sa propre file pour se rabattre in-extrémis en klaxonnant à qui
mieux-mieux. Sachant que si notre véhicule double, il peut lui même être
entrain de se faire doubler et pareil dans l'autre sens..... Pas étonnant qu'on
trouve régulièrement 2 bahuts télescopés face-à-face ! Par chance, on aura
fait nos 19h de route sans un seul pépin ! Les dieux sont cléments pour le
touriste !
Autre anecdote : les camions
sont souvent chargés de canne à sucre, et quand je dis chargé, c'est un
euphémisme tant la cargaison est gigantesque. Ceci étant, sans être un
spécialiste de la canne à sucre, chacun sait qu'une plante est plus grosse à sa
base qu'à son sommet, et ipso-facto si tu entasses tout dans le même sens, ben t'as
un côté bien plus lourd que l'autre.... et il se passe quoi sur une route
chaotique avec un tel chargement ? Le camion verse.... on en croise
régulièrement, avachis sur le flanc, la canne à sucre éparse sur la chaussée,
occasionnant un bouchon gigantesque vu que chacun veut passer premier quelque
soit son sens de direction et tout en continuant à doubler son prédécesseur.
Total et résultat : 19h pour
faire 500 km, deux pauses pipi de 10mn chacune comprises. Faut être de bonne
constitution pour résister ! Deux jeunots rencontrés dans le bus et
faisant le même chemin, finiront en piteux état, surtout la demoiselle....
N'est pas routard qui veut !
Le village où on se pose pour les
2 jours à venir est à l'écart des routes, au milieu des bananeraies, en bordure
d'une large rivière. Ca semble très tranquille, un peu grouillant de touristes,
mais au premier coup d'oeil on tombe sous le charme.
Vendredi 25 Novembre
Au matin on a rendez-vous avec
Ganesh, chauffeur de rickshaw et guide à ses heures. Le site est immense et
nécessite 40 km de trajet pour visiter tous les temples. L'option « visite
à pied » est proscrite, quant à celle « en vélo ou moto » est
risquée. On a donc opté pour se faire véhiculer par un guide. En fait, pour
visiter à pied, il faut voir un seul complexe par jour et donc rester 4 ou 5
jours. En une seule journée, tu as pas le choix : tuktuk obligatoire.
Ganesh est sympa et marrant, il
ne manque pas de culot et sais se démerder dans la vie. Tope là, tu vas être
notre cicérone.
Hampi, ce sont deux choses à la
fois distinctes et interdépendantes. C'est d'abord le village, posé au milieu
des palmeraies, le long d'une rivière. La circulation en voiture y étant
interdite, c'est un havre de paix qui va très vite nous séduire. Des ruelles en
terre battue bordées d'échoppes et de guest-houses, certaines proposant la
restauration en sus. Il y flotte un air imprégné de saveurs épicées, rafraîchi
par la rivière et les palmiers. Des mélopées indiennes sortent des maisons et
créent un climat très particulier.
Cette base arrière nous servira
pour dormir, bien entendu, mais aussi pour siroter des lassis et jus de fruits,
manger des assiettes de salades de fruit et déguster des paratas (chaussons
fourrés avec n'importe quel fuit) à tomber à la renverse. Un village retiré de
l'agitation des villes, un lieu enchanteur, un petit paradis.
L'autre facette de ce lieu, qui
fait à la fois sa renommée et sa fortune, est le complexe religieux antique.
Des temples, des palais, des villes avec leurs remparts de 8m de haut, leurs
forums, leurs réservoirs.... Tout cela éparpillé au milieu d'un chaos
d'immenses blocs titanesques de granit rose cernant des oasis de palmiers ou de
bananiers.
Chaque complexe est en fait une
ville datant d'une période précise (entre le 11e et le 16e). L'architecture est
donc différente d'un lieu à l'autre, outre qu'ils soient dédiés à des dieux
différents.
Ce sont, en vrac : le Temple
Souterrain de Shiva, le Ghat royal (piscine à ablutions en marbre noir), les
Bains de la Reine en stuc rose, la colossale statue de Narasimha roulant des
gobilles en écrasant le serpent Ananta de son auguste fessier, le temple de
Rama et ses colonnes noires uniques en Inde ainsi que ses bas-reliefs relatant
le Ramayana, les étables pour les 800 éléphants royaux, les canaux et aqueducs
acheminant l'eau pour remplir les lacs artificiels, fontaines et bassins, les
1000 colonnes du bazar, les styles hauts de 20m au sommet desquels brûlaient
des feux illuminant les forums la nuit, les portes en granit que seul un
éléphant pouvait ouvrir tellement elles sont lourdes.....
On termine la journée par le
sublime temple Vitthala. Chaque pilier est finement sculpté, certains
résonnent, lorsqu'on les heurte, selon la gamme chromatique. Les
encorbellements sont des prouesses de sculpture, les statues d'une finesse et
d'une grâce infinie. Dans la cour d'honneur un char gigantesque en pierre est
tiré par 2 éléphants de granit ; ce char repose sur des roues en
pierre sculptée de 2m de diamètre pouvant
tourner autour de leurs essieux de pierre. Colossal. Gigantesque. Ahurissant.
Sublime.
On escalade encore une colline
pour contempler la plaine et le site au soleil couchant, bercés par les
mélopées des moines du temple adjacent et sous l’œil d'un shaddu méditant face
à l'astre rougeoyant.
On rentre au village en pleine
nuit, et on tombe sur une procession dédiée à Ganesh (le dieu, pas le
tuktuk!) : un éléphant ouvre la procession, suivi des porteurs du
baldaquin où trône Ganesh enguirlandé et pour finir des dévots processionnent
au flambeau parmi les joueurs de trompette et de tambour.
Enivrés par cette atmosphère, on
se retire sur un toit-terrasse pour déguster quelques délicieux plats indiens
au son de musiques locales envoûtantes.
Hampi est exceptionnel de beauté
et de douceur de vivre ; on pourrait y rester des semaines sans s'en
lasser.
Samedi 26 Novembre
Beurk, ce matin le temps est
grave couvert. On va quand même aller escalader les 600 marches menant au
temple Hanuman, infesté de singes et lieu de méditation.
Primo, se rendre à la rivière.
Chose aisée avec le tuktuk de Ganesh. A l'orée du sentier menant à la rivière,
un petit groupe de vendeurs de cartes postales assaille le visiteur. Le groupe
taquine un des leurs en lui lançant des lazzis. Notre pote Ganesh l'interpelle
et l'autre fait semblant de ne pas l'entendre. Il me glisse de le héler
moi-même par « Naerimi ». Illico je prends ma voix de stentor pour
bramer un naerimi tonitruant. Apostrophé par ce mot, le mec devient vert de
fureur et s'en prend à Ganesh qui s'enfuie à toutes jambes, poursuivi par les
vindictes de l'autre gus. Toute la troupe est tordue de rire, et entre deux
hoquets, me traduisent que «naerimi » ça veut dire « pédé ».
Maintenant c'est tous en chœur qu'ils lui lancent des « naerimi » et
l'autre tire vraiment la tronche en brandissant le point en direction de chaque
auteur de l'invective. Les filles sont pliées en deux, les mecs itou, y'a que
la tête de turc qui se marre pas, mais alors pas du tout.
L'affaire a assez duré, on
poursuit notre route vers les berges. Pour traverser la rivière, il y a des
barquasses en forme de couvercle fait de bambou tressé, typiques de l'Inde. La
négociation s'avère difficile, le pagayeur demande un prix exorbitant.
Palabres, on tombe d'accord sur un prix (qui s'avérera, renseignements pris
ultérieurement, quasi 3 fois le prix normal). On s'est fait niquer !
La barque tournoie dans le
courant tandis que King Cobra, le pagayeur, s'escrime à tenir le cap. Le gamin
a 16 ans mais en paraît plutôt 12 ; mais tout gringalet qu'il est, il rame comme un damné.
Sur la rivière, des pêcheurs
pêchent ; ce qui est un peu leur destinée finale. Dans les îlots d'ajoncs
des buffles pataugent entourés d'échassiers blancs. On traverse ensuite des
rizières asséchées où campent des bergers nomades avec leurs troupeaux de
chèvres et leurs chevaux servant à transbahuter le barda lors de leurs
transhumances.
On arrive enfin au pied du
monastère : la volée de 600 marches part à l'assaut en zigzaguant sur la
montagne de rochers empilés. Une heure pour grimper, heureusement que le temps
est maussade, au moins on ne crève pas de chaud.
Sur le plateau, le monastère est
rustique : des prêtres psalmodient leurs rituels tandis que des babus
préparent leur mixture à oindre sur les fronts des fidèles. Pour chauffer une
gamelle et y faire fondre du miel sur la cendre, deux heures de
« boulot » ! Que vaut il mieux : suer le sari dans la
rizière à longueur de journée pour 10 roupies ? Ou chanter les louanges
d'Hanuman à tour de bras en vivant des offrandes conséquentes des dévots?
Une piste pour faciliter la réflexion : les moines sont ventripotents et
les riziculteurs secs comme des bambous.....
Un petit tour et on se rentre en
ayant raté la distribution de repas gratos offerte par les moines. D'après des
touristes y ayant participé, on a raté vraiment un truc sympa. Hanuman me
punit-il de ma participation à la moquerie du vendeur ?
Au retour, la pluie nous tombe
sur la tronche ; on décide de rentrer au village et d'arrêter l'excursion
dans la campagne.
On se réfugie dans un estancot et
on commande un jus de fruit maison et un petit en-cas pour grignoter. En fait
d'en-cas, on a une assiettée pantagruélique de légumes frits, beignets fourrés
et riz saucé. Délicieux.
Le soleil faisant une timide
percée, on visite Hampi tranquillos. Son temple, sa place bordée d'échoppes,
son ghat délabré. Dans le temple dédié à Ganech, un pachyderme se goinfre de
bananes offertes par les visiteurs. Si on lui tend une pièce, il la fiche dans
sa trompe, la dépose dans la main du cornac et revient caresser la tête du
donateur.
La cour du temple ruisselle
d'huile à offrande et, pieds nus sur le dallage, on se prend pour Candeloro.
La pièce principale est peinte et
cela donne une idée de ce que devait être l'ensemble du site il y a 5 siècles.
Pour accéder au ghat, il faut
passer par un vestibule où divers éclopés font la manche. Personne ne s'en
soucie, mais qu'importe puisqu'ils sont de toute façon nourris par le temple.
Le jour tire à sa fin, on va une
dernière fois contempler le coucher de soleil au bout du forum, à côté de
l'autel au dieu zébu Nandi taillé d'un seul bloc et faisant bien ses 3 m de
haut.
Légère collation végétarienne (en
fait 99% des plats sont végétariens) allongés sur des couchettes en terrasse,
les odeurs d'épices titillent nos narines et de douces mélopées nous
bercent.... Drin Drelin, c'est l'heure d'embarquer dans le bus ralliant Mysore
via Benglore.... Au bas mot 15h de voyage, en deux parties, la première en
sleeper et la seconde en bus ordinaire....





























































































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