samedi 10 décembre 2011

5 - Ooty


Mardi 29 Novembre :
On saute dans un bus pour Ooty : 160 km, 5h de trajet (1h pour les 75 premiers km, 4h pour les 75 autres !).
Le chauffeur est un excité du klaxon : il passe tout le trajet la main à fond sur la trompe ! Il trône sur son siège et profite de la masse imposante de son bus pour forcer le passage. Si d'aventure un autre routier ne se laisse pas intimider par sa manœuvre, il lui gueule copieusement dessus et lui balance un glaviot sur le pare-brise. Il s'en laisse pas compter le bougre ! D'autre part, il a une technique de conduite bien spéciale : pieds nus sur les pédales, au point mort en descente.... on se sent en sécurité !!!!!!
Au bout d'une heure de route, arrêt intempestif devant un temple. Les moinillons montent à bord avec coups de cymbales et dispersion d'encens. Bénédiction du chauffeur, puis de chaque passager qui gobe une louchette d'eau bénite et s'humecte la tête avec le restant. Tartinage de rouge sur le front de rigueur. Les cul-béniteries finies, on repart sur la piste défoncée qui s'attaque à la montagne. On traverse la réserve animale du Bandipur où vivent tigres, éléphants et autres grosses bêtes. Et si la bénédiction avant d'attaquer la route du col était pour se prémunir d'une soudaine fringale d'un tigre ? Au travers de la jungle on aperçoit des ribambelles de singes, des buffles sauvages, des éléphants, des sangliers, quelques daims et des multitudes d'oiseaux et papillons. Mais de tigre, ours ou loups, nada.
A mi pente de la montagne, on aborde les champs de thé poussant en sous-bois d'immenses arbres droits comme des I. Des villages bigarrés s'étalent à flanc de montagne, les nuages accrochent le bas de leurs saris immaculés aux branchettes de thé. On vogue en pleine purée. Et puis on passe les 2000m et on est au dessus. Le soleil fait luire les feuilles des plantations émeraudes, les arbres se raréfient, il n'y a plus qu'un vaste tapis de thé ondulant sur les montagnes.




Arrivée à Ooty, petit bled au bord d'un lac, qui fut jadis la résidence d'été du maharadja de Mysore (et qu'il a opportunément transformée en hôtel de luxe).
On est accosté par un loustic qui tient absolument à nous emmener en ballade dans la montagne, et au détour de la conversation nous confie être sous lithium. Déjà partir à flanc de plantation nous enthousiasmait moyennement, mais qui plus est accompagnés d'un PMD, laisse tomber !
En fait notre but est de rallier Coimbatore via un antique train à vapeur classé à l'UNESCO, le Nilgiri Mountain Railway. Pour ce faire, on va réserver un ticket à la gare. Au guichet, le préposé est occupé avec un Indien ; quand c'est mon tour, ce con baisse le rideau et me laisse en plan malgré mes appels et tambourinages sur sa porte. Une pancarte indique que la vente de billets se fait jusqu'à 16h et il est 16h01..... Bon je reviendrai demain matin de bonne heure.
On projetais d'explorer les alentours du village, ben c'est juste le moment que choisis notre amie la queue de cyclone pour débarouler par dessus les sommets et s'abattre sur la tronche des gueux. Pas besoin de faire un dessin, ça pleut à verses ; et la pluie à 2200m, ça va avec chute de température.... à vue de nez il fait 15° et on redoute le pire quand la nuit va arriver.
Faute de visite, on se rabat sur un point internet (dans ce pays, on n'a pas encore trouvé un seul spot wifi). Déjà trouver un cyber-café est pas une sinécure, et quand on l'a enfin déniché, les ennuis ont commencé. La machine rame comme c'est pas possible, Explorer et Chrome datent de mathusalem et ont toutes les peines du monde à se connecter sur gMail. Une demi-heure chrono pour qu'enfin je puisse ouvrir ma boite mail, une autre demi-heure pour tenter d'afficher la liste des contacts, j'ai laissé tomber, dépité. Et en rebranchant ma clef USB sur mon portable, je découvre que ce con m'a filé un virus.
Fais chier, ces Indiens se disent à la pointe de la technologie informatique, faut croire que c'est pas arrivé jusqu'à Ooty.
Pendant ce temps Sylvie va aux infos météo sur internet (avec les même difficultés que moi bien entendu), et que découvre-t-elle ? Le cyclone s'installe sur la zone sud indienne pour au moins 8 jours !
C'est bien notre jour de chance !


On tente de se refaire un peu de plaisir en allant manger. On dégote un bouge que l'on dira typé.... Le boss est un petit vieux emmitouflé dans ses vestes d'un autre âge, bonnet informe de rigueur. Il est souriant et aux petits soins pour ses deux seuls clients de la soirée. D'entrée il propose une carte de 4 pages dont, dit il, seuls 3 plats sont dispos, et comme le plat principal (un thaly) comprend du riz, ben il n'y a que deux plats en fait : thaly et soupe. Va pour thaly et soupe. Il remue le popotin des 3 tambouilleurs en arrière cuisine et dans un ramdam d'enfer ça s'affaire autour du feu de bois. C'est pas le thaly de chez Bojh à Aurangabad, et encore moins le décorum, mais ç'est correct, même si un tantinet épicé pour nos papilles.
Souriant des quelques dents qu'il lui reste, le papy demande à se faire immortaliser avec un de ses potes serveur par Sylvie ; ensuite c'est le tour des 3 marmitons. Tout le monde se marre dans le restau. C'est simple, sans chichi, et très accueillant. La facture est de 2,5 euros, on est remplis comme des outres prêtes à exploser.
Tout de même, 5 personnes au boulot pour une recette de 2,5 euros.... 




Mercredi 30 Novembre :
Matin nuageux, mais on s'y est habitué depuis 3 jours. Après avoir acheté le billet de train, exploration des alentours d'Ooty : son lac, sa plage cosy avec un Luna Park consitué de 3 manèges en tôles rafistolées, sa promenade à cheval (en gros 500m aller/retour, certes pour 20rs, mais bon, les Indiens ont l'air d'aimer) et son Palais d'été du maharadja de Mysore. Pour y aller on commence par se gourer de rive du lac : 4km A/R pour rien... Point GPS fait, on repart sur l'autre rive pour 4 nouveaux km ; à mi-chemin, le GPS pédale dans la choucroute à une bifurcation (les cartes Sygic ont la fâcheuse habitude d'indiquer la destination à 250m près ; quand tu calcules le trajet Mumbay-Bengalore, tu es pas à 250m près sur 1000km, mais à une intersection, ce con te dis un coup à gauche, un coup à droite.... t'es bien avancé!). Donc on se finit la route en tuktuk.














Le palais est rococo d'extérieur, pas vraiment digne d'une résidence d'été d'un maharadja. On entraperçoit l'intérieur : cosy style club anglais d'avant-guerre, comme dans le film Les 3 Lanciers du Bengale. Ca fait un peu parvenu. Grosse déception, on s'attendait à du flamboyant à l'instar du palais de Mysore.



Retour au village pédibus jambus. Dans le coin poussent le thé, le café et le cacaoyer. Les boutiques  alignent ces produits sous toutes leurs formes comestibles. Autre particularité de la bourgade : sur 4 échoppes il y en a 3 de joaillerie. Devant chacune, l'artisan est accroupi dans la rue entrain de braser les colliers en soufflant dans un tube d'acier (technique du souffleur de verre en fait). Dans les boutiques sa vend et achètes à qui mieu- mieux.
Petit tour au marché, loin d'être aussi pittoresque que celui vu l'autre soir.


13h30, on se positionne sur le quai de la gare et le tchou-tchou à vapeur arrive en suant et sifflant dans un brinquebalis d'essieux. Foin de nos places numérotées, on se met chacun d'un côté, contre la fenêtre, de manière à être sûr qu'au moins un des deux soit correctement positionné pour les photos.
La première heure, on traverse les champs de thé et les forêts d'eucalyptus, en serpentant sur la ligne de crête. Les 3 heures suivantes, le train va descendre tout du long en freinant tout ce qu'il peut avec le secours, entre chaque wagon, de mécanos actionnant les viroles de frein des boogies. Ca tchoute tchoute à fond, ça crachote la fumée, ça trinqueballe au travers d'une jungle luxuriante qui a succédé aux plantations. Tous les 5km, halte pour remplir la cuve à eau : les singes sortent par centaines de la forêt et se ruent sur la nourriture jetée par les passagers hilares.













La jungle est  constellée de cascades majestueuses, striée de torrents fougueux, les nuages cernent les sommets et peinent à descendre vers la vallée.
On arrive dans la vallée, 1000m plus bas, à Mettupalayan après 4h à traverser ces paysages superbes : on à fait 30km à vol d'oiseau.... En tout cas on comprend que ce train pas comme les autres soit classé au patrimoine de l'humanité, et pour 0,75 euro par personne, on aurait eu tort de s'en priver.





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