dimanche 11 décembre 2011

6 - Munnar


Correspondance pour le train menant à Coimbatore.
Ticket en poche, on poireaute 1h30 sur le quai de la gare. Lorsque l'express arrive, on comprend, mais un peu tard, qu'en fait il faut faire la queue pour accéder aux wagons de 2e classe sans place numérotée. Y'a plus de 100 personnes devant nous ! Dire qu'on à zoné à quelques mètres de la queue..... résultat de notre méconnaissance des us locaux : tous les sièges sont pris. On est dans la classe populaire, la moins chère, la moins confortable. Les gens s'entassent à la va comme je te pousse, mais réussissent à s'organiser pour nous laisser poser un quart de fesse sur un coin de banquette. On se retrouve avec dix jeunes rigolos et l'ambiance se déride très vite même si leur anglais approximatif et surtout leur accent imbitable rendent les échanges pleins de quiproquo. On passe 40 minutes à se tordre de rire, notamment après avoir tenté d'expliquer notre boulot et que finalement ils n'ont compris que lorsque j'ai mimé un gogolito en pleine action ! On est tellement absorbés par nos crises de fou rire qu'on a failli rater notre gare ! In extrémis un petit vieux nous fait signe de descendre fissa tandis que le chef de gare siffle le départ !
Putain d'après midi ! Ca c'est des vacances !
Coimbatore : dans la plaine, c'est de nouveau 35° ; on se pique une suée illico. Et vas y bourriques chargées des sacs à dos, GPS en main, pour trouver un hébergement. On tourne un peu en rond et on avise une lodge tenue par un babu ventripotent à l'élocution zen de chez zen. Dommage, il est complet ; mais à un  pâté de maison il y a une autre lodge pas chère, nous explique-t-il avec ses 2 de tension.
On rechausse les sacs, et on va chez le « voisin » à bien 500m de là (500m c'est rien, sauf qu'après notre journée, et chargés comme des mules, ça vaut un marathon).
Il y a bien une chambre de libre, mais ça va pas être possible car c'est « indian toilets ». Sur le coup je comprends pas et lui fait répéter 3 fois. Bordel, c'est quoi ce pataquès « d'indian toilets » ? Bon mec, on va voir de nos yeux et on rediscute, ok ? Peu convaincu, il nous ouvre la chambre : les « indian toilets » c'est en fait une chiotte à la turque. Fallait voir son visage lorsqu'on lui dit que « indian toilets » c'est tout bon ! Il a du se dire être tombé sur deux fadas, car manifestement jamais un touriste n'utilise ce type d'hébergement.
Parlons choses sérieuses. Demain, on fait comment pour quitter la ville et trouver un bus pour Munnar ? Là faut qu'il appelle 2 types à la rescousse pour qu'on puisse, dans cette conversation à 4 où chacun met son grain de sel, arriver aux conclusions suivantes :
-      Coimbatore-Munnar : y'a que 2 bus par jour, il faut réserver très longtemps à l'avance. Donc nada.
-      En passant par Kochin, ça se fait sans problème, mais ça fait faire un détour de bien 200 km (soit 4 à 5h de route en plus)
-      reste la solution de prendre un train jusqu'à Aluya (3h) puis un bus jusqu'à Munnar (encore 3h)
Après palabres et repalabres, les indigènes me soutiennent que la meilleur solution est celle train-bus ; vamos pour le train-bus !
En attendant, on va se prendre un petit quelque chose, car on n'a rien bouffé depuis 9h du matin (si l'on excepte 3 petits gâteaux et 2 chocolats Oootiens à 16h).
Au coin de la rue un rade nous accueille. Problème.... le serveur, qui chuchote dans un brouhaha de cantine indienne, arrive finalement à nous expliquer, avec le renfort de 3 collègues, qu'il ne peut pas nous servir car ici c'est « indian food ». Moi je lui répond « no problem, vegetarian food ok ». Ca dure un bon quart d'heure quand soudain, tilt.... kifkif la lodge, le mec a jamais vu un touriste de sa vie se risquer dans son estancot : pour lui c'est sans appel, le touriste ça va dans les restaus à touristes manger de la bouffe à touriste. Chez lui, on mange Indien, et la boustifaille indienne c'est pas pour les babas.
Re imbroglio au moment de commander : toujours en chuchotant, accent à couper au couteau, brouhaha environnant et moi qui duraille de la feuille, comment veux tu que je te dise ce qu'on veut ? Ton menu écrit en pattes de mouches et ton sabir ne me sont d'aucun secours.... Un quatrième larron entre en scène et lui explique en javanais d'ici qu'on veut juste manger, le moins pimenté possible. Pour cela il lui dit deux ou trois plats qui devraient faire l'affaire, nous opinons gravement du bonnet et 10 mn après on est attablé devant des currys très gouleyants.
Oh merde, revoilà bengali chuchoteur qui gnagna chtignamana gnagnagna paratha.... ké ? Paratha ? Ok ok paratha ! Et hop il amène le pain local avec bolée de curry complémentaire.
Et ben voilà, on y est arrivé, on a mangé et bu un sprite chacun (on n'est pas chochote, mais l'eau château-la-pompe, en Inde, c'est tourista assurée). Ouf. Et pour 1 euro par personne ! Faut le faire !
Moralité : quand t'est dans un bled où les touristes ne vont jamais, les mecs imaginent même pas que tu puisse poser ton cul sur la même chaise qu'eux....

Jeudi 1 Décembre :
Sitôt avalé un petit dej dans une cantine locale, où le serveur tient absolument à nous faire manger un chausson fourré au curry, comme si manger sucré le matin c'était comme pas manger, on file à la gare.
Je prends un ticket en seconde classe sans place réservée, autant dire la bétaillère à Indiens. On poireaute 3h sur le quai, et au fil du temps qui passe je me sens de plus en plus patrac. Le train arrive : les trains longue distance sont des gigantesques convois de 40 wagons. Ceux-ci alternent les niveaux de confort : la bétaillère où les gens sont sur des bancs voire couchés dans les porte bagages, la 2e avec place numérotée, la spéciale femmes, la sleeper avec couchettes, la 2e air climatisé 6 banquettes par carré, la 2e air climatisé 4 banquettes par carré, et enfin la 1ère VIP. Sans oublier les wagons de marchandises. On se remonte tout le train pour constater, hélas, que chaque wagon de sleeper et 2e est archi-archi-rempli. A vue de nez, 3 personnes par place, bien plus dans la bétaillère. Décemment, on peut pas faire 4h de trajet dans ces conditions, avec en plus les sacs à dos.... Allez hop, on va pas s'emmerder, on monte en 2 A/C, on avisera avec le chef de wagon une fois dedans. Ben mon coco, la 2e A/C est bien pleine.... on remonte l'allée et chaque carré est occupé.... et au bout du wagon (mais bon y'en avait encore d'autres à explorer si besoin), il reste pile poile 2 couchettes. Le contrôleur ne fait pas de manière et accepte bien volontiers de nous facturer la différence : c'est tout simplement 10 fois le prix de la bétaillère.... ce qui reste, pour nous, très raisonnable : 7 euro par personne pour 4h de trajet.
Je comate sur la banquette en haut, réfrigéré par la clim, mais vu que je suis pas au meilleurs de ma forme, ça m'est bien égal. Sylvie se mate une série tranquillos sur son ordi au RDC.
Une fois à Aluva, on a de la chance : la station de bus est à 100m de la gare (d'ordinaire c'est à 2 ou 3 km de distance). Hop la on y file et on découvre un bordel innommable : pas de guichet pour se renseigner, aucun quai de parking pour les bus. Les gens par centaines sont agglutinés dans la cour où les bus vont et viennent au rythme de 1 toutes les 2 mn.... Ca klaxonne, ça courre à droite, ça courre à gauche en fonction des bus qui foncent dans le tas. Y'en a un qui recule sans crier gare, le temps que je réalise que je suis sur sa trajectoire : blam je me le prend en pleine poire. Tout le monde hurle, le bus continue comme si de rien n'était, par chance j'ai rien de grave, un petit poc sans gravité. Le chauffeur se fait littéralement agonir par la foule, et puis bon, ça dure 5 minutes et tout reprend son cours, jusqu'à ce qu'un autre incident, quelle que soit sa nature, vienne monopoliser l'attention.
On a réussi à comprendre que dans ce gigantesque foutoir, il y avait un endroit précis où stationner pour prendre notre bus lorsqu'il arrivera. Donc on squatte, déplaçant les sacs en avant - en arrière, à droite-à gauche au fur et à mesure qu'un tacot déboule.
Ensuite on apprend que, contrairement aux explications données hier, il y a très très peu de bus pour notre destination.
Bon, on est pas dans la merde.... et pour couronner le tout, Sylvie est également pas au mieux de sa forme.
Un Indien pressé, accompagné de sa femme, m'accoste et demande si on peut pas se partager un taxi pour aller à Munnar. S'il sollicite un partage de véhicule, je doute qu'il envisage un partage équitable des frais, qui sont tout de même de 20 fois le billet de bus. Je décline, non seulement pour ne pas payer 20 fois le prix, mais surtout parce qu'on ne va pas se sortir de se merdier uniquement grâce à la carte bleue : on va se démerder, comme des grands.
Le gus disparaît avec sa donzelle et ses valises.
On quémande renseignements et informations de ci de là, et on apprend qu'à 30km de là, à Kothamangalam, il y a des bus pour Munnar toutes les heures. He he, on progresse !
Un mec sympa me dit de le suivre, car il va aussi à Kotha-machin : donc on s'assoit sur nos sacs, et on le surveille du coin de l'oeil. Soudain, il fait signe, on se précipite dans le car, on s'installe comme on peut car il est bondé, mais bon, on a quitté cet enfer d'Aluva.
Une heure plus tard, on débarque à la station de Kotha-truc où un autre car partant pour Munnar est sur le point de partir. On s'installe. On est à peine assis, que notre vieux persécuteur de cyclone lâche canadairs sur canadairs... on l'a échappé belle ! S'il avait fallut gérer toute la situation depuis la descente de train jusqu'à maintenant sous la pluie diluvienne, c'était pétage de plomb assuré.
Deux heures trente de route. Musique locale à fond, route défoncée que c'est plus des nids de poule mais des nids d'autruche. C'est simple : il n'y a jamais plus de trois roues en contact simultanément avec le sol. Le calvaire cette route. Et comme on va en altitude (aux alentours de 2000m), ce ne sont que successions de virages en épingle à cheveu. Et vas y vireli à droite, vireli à gauche, boum badaboum dans les trous, coup de frein pour éviter celui qui vient en face, ça saute, ça tangue, oh putain envie de gerber ! Vite que tout ça s'arrête !
Et ben on y est arrivés : nous voilà à Munnar. Dix heures du soir, on est abrutis de tout : fatigue, crasse, bruit. Ces dernières 36h, on a dormi 7h et voyagé tout le reste du temps : pas étonnant qu'on soit pas très bien en point.
On saute dans un tuktuk, il nous dépose devant une guest, on tombe dans le lit non sans avoir bien spécifié au proprio : DEMAIN MATIN ON DORT, DONC PAS TOCTOC A LA PORTE OK ?




Vendredi 2 décembre :
Après 12 bonnes heures de sommeil et la lessive confiée à la lavandière du coin, on part visiter Munnar. Le village en lui-même est quelconque. Mais dès que tu en sort, tu montes sur les hauteurs avoisinantes au milieu des champs de thé. Les femmes coupent-coupent les têtes des branches avec une cisaille à sabot. On n'entend que le cliquetis des mâchoires en fer s'élevant en rythme des immenses étendues de thé. Les ouvrières sont surveillées par un chef. Et un chef, sous toutes les latitudes, ça reste un chef et se comporte comme un chef. Il aboie toutes les 5 minutes, on l'entend de loin ! Pendant que les nanas triment à flanc de montagne, cassées en deux, le chef est tranquillos en haut et braille comme un putois. Et quand on s'avise d'engager la causette avec une des cueilleuse, et de la prendre en photo, oh putain, il éructe et vocifère jusqu'à ce que la paysanne se replonge au taf. Et il nous lance un regard furibard, mais n'ose pas allez plus loin, car sous ces contrées, le touriste, c'est comme le brahmane : caste au dessus de tout le monde.
On laisse le cheffaillon éructer sa bile et s'enfonce plus loin, toujours plus loin, jusqu'à rejoindre la jungle. Des arbres immenses, des lianes, des fougères, des fleurs à profusion ; des oiseaux qui caquettent, sifflent, trillent et j'en oublie ; des écureuils gros comme des lièvres jacassent sur la canopée. C'est un festival de bruits, d'odeurs de sous-bois où poussent des cardamomes aux feuilles géantes avec les fruits à ras du sol.
On se tape 12km dans cette forêt. De loin en loin, des maisons de villégiatures pour Indiens aisés sont enfouies dans cette luxuriance.
Avec son climat très doux, son site naturel magnifique, Munnar est LA destination de vacances des Indiens BCBG et surtout des lunes de miel grand standing dans une lodge au fond de la jungle.
Franchement, quand on a vu les environs de Munnar, on comprend l'engouement des Indiens pour ce lieu....








Samedi 3 Décembre :
Avant de quitter cette villégiature édénique, un petit tour chez l'épicier s'impose pour lui acheter quelques sachets de thé. Le kilo est vendu 140 rs soit 2 euros ; en France, il se vend entre 50 et 70 euros..... En rentrant je démissionne de l'asile et vend du thé !
Avant de partir, le gus de la guest nous file l'adresse d'un de ses potes qui peut nous héberger à la ville.
Retour en bus par la même vallée qu'à l'aller, mais avec un chauffeur PRUDENT qui ne klaxonne pas comme un débilou tape sur une gamelle. Le résultat est qu'on met 4h là où cela n'avait duré que 2h30.... mais bon on n'est pas fourbus et on n'a jamais craint pour nos vies ; cela se paie en temps.
Aux abords de Cochin (prononcer Cotchi) on traverse quelques plantations d'hévéas avant d'arriver aux faubourgs. Le bruit de la ville et la moiteur tropicale nous sautent dessus sitôt les premiers tours de roues dans les ruelles. Après nos cures zen dans les fraîcheurs des montagnes à thé, le contraste est saisissant.




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