Correspondance pour le train
menant à Coimbatore.
Ticket en poche, on poireaute
1h30 sur le quai de la gare. Lorsque l'express arrive, on comprend, mais un peu
tard, qu'en fait il faut faire la queue pour accéder aux wagons de 2e classe
sans place numérotée. Y'a plus de 100 personnes devant nous ! Dire qu'on à
zoné à quelques mètres de la queue..... résultat de notre méconnaissance des us
locaux : tous les sièges sont pris. On est dans la classe populaire, la
moins chère, la moins confortable. Les gens s'entassent à la va comme je te
pousse, mais réussissent à s'organiser pour nous laisser poser un quart de
fesse sur un coin de banquette. On se retrouve avec dix jeunes rigolos et l'ambiance
se déride très vite même si leur anglais approximatif et surtout leur accent
imbitable rendent les échanges pleins de quiproquo. On passe 40 minutes à se
tordre de rire, notamment après avoir tenté d'expliquer notre boulot et que
finalement ils n'ont compris que lorsque j'ai mimé un gogolito en pleine
action ! On est tellement absorbés par nos crises de fou rire qu'on a
failli rater notre gare ! In extrémis un petit vieux nous fait signe de
descendre fissa tandis que le chef de gare siffle le départ !
Putain d'après midi ! Ca
c'est des vacances !
Coimbatore : dans la plaine,
c'est de nouveau 35° ; on se pique une suée illico. Et vas y bourriques
chargées des sacs à dos, GPS en main, pour trouver un hébergement. On tourne un
peu en rond et on avise une lodge tenue par un babu ventripotent à l'élocution
zen de chez zen. Dommage, il est complet ; mais à un pâté de maison il y a une autre lodge pas
chère, nous explique-t-il avec ses 2 de tension.
On rechausse les sacs, et on va
chez le « voisin » à bien 500m de là (500m c'est rien, sauf qu'après
notre journée, et chargés comme des mules, ça vaut un marathon).
Il y a bien une chambre de libre,
mais ça va pas être possible car c'est « indian toilets ». Sur le
coup je comprends pas et lui fait répéter 3 fois. Bordel, c'est quoi ce
pataquès « d'indian toilets » ? Bon mec, on va voir de nos yeux
et on rediscute, ok ? Peu convaincu, il nous ouvre la chambre : les
« indian toilets » c'est en fait une chiotte à la turque. Fallait voir
son visage lorsqu'on lui dit que « indian toilets » c'est tout
bon ! Il a du se dire être tombé sur deux fadas, car manifestement jamais
un touriste n'utilise ce type d'hébergement.
Parlons choses sérieuses. Demain,
on fait comment pour quitter la ville et trouver un bus pour Munnar ? Là
faut qu'il appelle 2 types à la rescousse pour qu'on puisse, dans cette
conversation à 4 où chacun met son grain de sel, arriver aux conclusions
suivantes :
-
Coimbatore-Munnar : y'a que 2 bus par jour,
il faut réserver très longtemps à l'avance. Donc nada.
-
En passant par Kochin, ça se fait sans
problème, mais ça fait faire un détour de bien 200 km (soit 4 à 5h de route en
plus)
-
reste la solution de prendre un train jusqu'à
Aluya (3h) puis un bus jusqu'à Munnar (encore 3h)
Après palabres et repalabres, les
indigènes me soutiennent que la meilleur solution est celle train-bus ;
vamos pour le train-bus !
En attendant, on va se prendre un
petit quelque chose, car on n'a rien bouffé depuis 9h du matin (si l'on excepte
3 petits gâteaux et 2 chocolats Oootiens à 16h).
Au coin de la rue un rade nous
accueille. Problème.... le serveur, qui chuchote dans un brouhaha de cantine
indienne, arrive finalement à nous expliquer, avec le renfort de 3 collègues,
qu'il ne peut pas nous servir car ici c'est « indian food ». Moi je
lui répond « no problem, vegetarian food ok ». Ca dure un bon quart
d'heure quand soudain, tilt.... kifkif la lodge, le mec a jamais vu un touriste
de sa vie se risquer dans son estancot : pour lui c'est sans appel, le
touriste ça va dans les restaus à touristes manger de la bouffe à touriste.
Chez lui, on mange Indien, et la boustifaille indienne c'est pas pour les
babas.
Re imbroglio au moment de
commander : toujours en chuchotant, accent à couper au couteau, brouhaha
environnant et moi qui duraille de la feuille, comment veux tu que je te dise
ce qu'on veut ? Ton menu écrit en pattes de mouches et ton sabir ne me
sont d'aucun secours.... Un quatrième larron entre en scène et lui explique en
javanais d'ici qu'on veut juste manger, le moins pimenté possible. Pour cela il
lui dit deux ou trois plats qui devraient faire l'affaire, nous opinons
gravement du bonnet et 10 mn après on est attablé devant des currys très
gouleyants.
Oh merde, revoilà bengali
chuchoteur qui gnagna chtignamana gnagnagna paratha.... ké ?
Paratha ? Ok ok paratha ! Et hop il amène le pain local avec bolée de
curry complémentaire.
Et ben voilà, on y est arrivé, on
a mangé et bu un sprite chacun (on n'est pas chochote, mais l'eau
château-la-pompe, en Inde, c'est tourista assurée). Ouf. Et pour 1 euro par
personne ! Faut le faire !
Moralité : quand t'est dans
un bled où les touristes ne vont jamais, les mecs imaginent même pas que tu
puisse poser ton cul sur la même chaise qu'eux....
Jeudi 1 Décembre :
Sitôt avalé un petit dej dans une
cantine locale, où le serveur tient absolument à nous faire manger un chausson
fourré au curry, comme si manger sucré le matin c'était comme pas manger, on
file à la gare.
Je prends un ticket en seconde
classe sans place réservée, autant dire la bétaillère à Indiens. On poireaute
3h sur le quai, et au fil du temps qui passe je me sens de plus en plus patrac.
Le train arrive : les trains longue distance sont des gigantesques convois
de 40 wagons. Ceux-ci alternent les niveaux de confort : la bétaillère où
les gens sont sur des bancs voire couchés dans les porte bagages, la 2e avec
place numérotée, la spéciale femmes, la sleeper avec couchettes, la 2e air
climatisé 6 banquettes par carré, la 2e air climatisé 4 banquettes par carré,
et enfin la 1ère VIP. Sans oublier les wagons de marchandises. On se remonte
tout le train pour constater, hélas, que chaque wagon de sleeper et 2e est
archi-archi-rempli. A vue de nez, 3 personnes par place, bien plus dans la
bétaillère. Décemment, on peut pas faire 4h de trajet dans ces conditions, avec
en plus les sacs à dos.... Allez hop, on va pas s'emmerder, on monte en 2 A/C,
on avisera avec le chef de wagon une fois dedans. Ben mon coco, la 2e A/C est
bien pleine.... on remonte l'allée et chaque carré est occupé.... et au bout du
wagon (mais bon y'en avait encore d'autres à explorer si besoin), il reste pile
poile 2 couchettes. Le contrôleur ne fait pas de manière et accepte bien
volontiers de nous facturer la différence : c'est tout simplement 10 fois
le prix de la bétaillère.... ce qui reste, pour nous, très raisonnable : 7
euro par personne pour 4h de trajet.
Je comate sur la banquette en
haut, réfrigéré par la clim, mais vu que je suis pas au meilleurs de ma forme,
ça m'est bien égal. Sylvie se mate une série tranquillos sur son ordi au RDC.
Une fois à Aluva, on a de la
chance : la station de bus est à 100m de la gare (d'ordinaire c'est à 2 ou
3 km de distance). Hop la on y file et on découvre un bordel innommable :
pas de guichet pour se renseigner, aucun quai de parking pour les bus. Les gens
par centaines sont agglutinés dans la cour où les bus vont et viennent au
rythme de 1 toutes les 2 mn.... Ca klaxonne, ça courre à droite, ça courre à
gauche en fonction des bus qui foncent dans le tas. Y'en a un qui recule sans
crier gare, le temps que je réalise que je suis sur sa trajectoire : blam
je me le prend en pleine poire. Tout le monde hurle, le bus continue comme si
de rien n'était, par chance j'ai rien de grave, un petit poc sans gravité. Le
chauffeur se fait littéralement agonir par la foule, et puis bon, ça dure 5
minutes et tout reprend son cours, jusqu'à ce qu'un autre incident, quelle que
soit sa nature, vienne monopoliser l'attention.
On a réussi à comprendre que dans
ce gigantesque foutoir, il y avait un endroit précis où stationner pour prendre
notre bus lorsqu'il arrivera. Donc on squatte, déplaçant les sacs en avant - en
arrière, à droite-à gauche au fur et à mesure qu'un tacot déboule.
Ensuite on apprend que,
contrairement aux explications données hier, il y a très très peu de bus pour
notre destination.
Bon, on est pas dans la merde....
et pour couronner le tout, Sylvie est également pas au mieux de sa forme.
Un Indien pressé, accompagné de
sa femme, m'accoste et demande si on peut pas se partager un taxi pour aller à Munnar.
S'il sollicite un partage de véhicule, je doute qu'il envisage un partage
équitable des frais, qui sont tout de même de 20 fois le billet de bus. Je
décline, non seulement pour ne pas payer 20 fois le prix, mais surtout parce
qu'on ne va pas se sortir de se merdier uniquement grâce à la carte
bleue : on va se démerder, comme des grands.
Le gus disparaît avec sa donzelle
et ses valises.
On quémande renseignements et
informations de ci de là, et on apprend qu'à 30km de là, à Kothamangalam, il y
a des bus pour Munnar toutes les heures. He he, on progresse !
Un mec sympa me dit de le suivre,
car il va aussi à Kotha-machin : donc on s'assoit sur nos sacs, et on le
surveille du coin de l'oeil. Soudain, il fait signe, on se précipite dans le
car, on s'installe comme on peut car il est bondé, mais bon, on a quitté cet
enfer d'Aluva.
Une heure plus tard, on débarque
à la station de Kotha-truc où un autre car partant pour Munnar est sur le point
de partir. On s'installe. On est à peine assis, que notre vieux persécuteur de
cyclone lâche canadairs sur canadairs... on l'a échappé belle ! S'il avait
fallut gérer toute la situation depuis la descente de train jusqu'à maintenant
sous la pluie diluvienne, c'était pétage de plomb assuré.
Deux heures trente de route. Musique
locale à fond, route défoncée que c'est plus des nids de poule mais des nids
d'autruche. C'est simple : il n'y a jamais plus de trois roues en contact
simultanément avec le sol. Le calvaire cette route. Et comme on va en altitude
(aux alentours de 2000m), ce ne sont que successions de virages en épingle à
cheveu. Et vas y vireli à droite, vireli à gauche, boum badaboum dans les
trous, coup de frein pour éviter celui qui vient en face, ça saute, ça tangue,
oh putain envie de gerber ! Vite que tout ça s'arrête !
Et ben on y est arrivés :
nous voilà à Munnar. Dix heures du soir, on est abrutis de tout : fatigue,
crasse, bruit. Ces dernières 36h, on a dormi 7h et voyagé tout le reste du
temps : pas étonnant qu'on soit pas très bien en point.
On saute dans un tuktuk, il nous
dépose devant une guest, on tombe dans le lit non sans avoir bien spécifié au
proprio : DEMAIN MATIN ON DORT, DONC PAS TOCTOC A LA PORTE OK ?
Vendredi 2 décembre :
Après 12 bonnes heures de sommeil
et la lessive confiée à la lavandière du coin, on part visiter Munnar. Le
village en lui-même est quelconque. Mais dès que tu en sort, tu montes sur les
hauteurs avoisinantes au milieu des champs de thé. Les femmes coupent-coupent
les têtes des branches avec une cisaille à sabot. On n'entend que le cliquetis
des mâchoires en fer s'élevant en rythme des immenses étendues de thé. Les
ouvrières sont surveillées par un chef. Et un chef, sous toutes les latitudes,
ça reste un chef et se comporte comme un chef. Il aboie toutes les 5 minutes,
on l'entend de loin ! Pendant que les nanas triment à flanc de montagne,
cassées en deux, le chef est tranquillos en haut et braille comme un putois. Et
quand on s'avise d'engager la causette avec une des cueilleuse, et de la
prendre en photo, oh putain, il éructe et vocifère jusqu'à ce que la paysanne
se replonge au taf. Et il nous lance un regard furibard, mais n'ose pas allez
plus loin, car sous ces contrées, le touriste, c'est comme le brahmane :
caste au dessus de tout le monde.
On laisse le cheffaillon éructer
sa bile et s'enfonce plus loin, toujours plus loin, jusqu'à rejoindre la
jungle. Des arbres immenses, des lianes, des fougères, des fleurs à
profusion ; des oiseaux qui caquettent, sifflent, trillent et j'en
oublie ; des écureuils gros comme des lièvres jacassent sur la canopée.
C'est un festival de bruits, d'odeurs de sous-bois où poussent des cardamomes
aux feuilles géantes avec les fruits à ras du sol.
On se tape 12km dans cette forêt.
De loin en loin, des maisons de villégiatures pour Indiens aisés sont enfouies
dans cette luxuriance.
Avec son climat très doux, son
site naturel magnifique, Munnar est LA destination de vacances des Indiens BCBG
et surtout des lunes de miel grand standing dans une lodge au fond de la
jungle.
Franchement, quand on a vu les
environs de Munnar, on comprend l'engouement des Indiens pour ce lieu....
Samedi 3 Décembre :
Avant de quitter cette
villégiature édénique, un petit tour chez l'épicier s'impose pour lui acheter
quelques sachets de thé. Le kilo est vendu 140 rs soit 2 euros ; en
France, il se vend entre 50 et 70 euros..... En rentrant je démissionne de
l'asile et vend du thé !
Avant de partir, le gus de la
guest nous file l'adresse d'un de ses potes qui peut nous héberger à la ville.
Retour en bus par la même vallée
qu'à l'aller, mais avec un chauffeur PRUDENT qui ne klaxonne pas comme un
débilou tape sur une gamelle. Le résultat est qu'on met 4h là où cela n'avait
duré que 2h30.... mais bon on n'est pas fourbus et on n'a jamais craint pour
nos vies ; cela se paie en temps.
Aux abords de Cochin (prononcer
Cotchi) on traverse quelques plantations d'hévéas avant d'arriver aux
faubourgs. Le bruit de la ville et la moiteur tropicale nous sautent dessus
sitôt les premiers tours de roues dans les ruelles. Après nos cures zen dans
les fraîcheurs des montagnes à thé, le contraste est saisissant.














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